Un matériau abordable pour un effet « WOW »
La brique est omniprésente dans l’architecture danoise. Ce matériau, à la fois pratique, durable et esthétique, est profondément ancré dans l’histoire du pays. Sa popularité tient notamment à sa composition simple : argile et sable, deux éléments largement présents dans le sol danois. Facile à produire localement et transportable à dos d’homme, la brique est ainsi devenue le matériau vernaculaire par excellence au Danemark.
Contrairement à d’autres pays où la pierre et le métal dominent, le Danemark, pauvre en fer et en carrières de pierre, a historiquement adopté la brique en association avec le bois. Couplée à une nappe phréatique située à seulement quelques mètres sous la surface, cette particularité a conféré à la capitale danoise sa skyline basse si caractéristique.
La brique au cœur de l’histoire danoise
Introduite au XIIIe siècle, probablement par des bâtisseurs lombards, la brique a rapidement conquis le Danemark. Son faible coût et sa production locale ont facilité son adoption. De nombreux bâtiments historiques en témoignent :
- La cathédrale de Roskilde, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, construite en brique rouge au XIIe siècle;
- L’église de Grundtvig à Copenhague, chef-d’œuvre de l’expressionnisme en brique;
- Les anciens entrepôts portuaires de Copenhague, qui conservent leur structure en brique, témoignent de leur résistance au temps et aux intempéries.
La brique est un symbole du paysage urbain et rural danois. Le pays a développé une culture architecturale unique autour de la brique, créant un langage architectural cohérent, des maisons de ville colorées de Nyhavn aux bâtiments modernes de Carlsberg Byen.
L’usage de la brique dans l’architecture et l’urbanisme moderne
L’utilisation de la brique au Danemark ne se limite pas aux bâtiments anciens : elle est largement employée dans les nouveaux projets architecturaux. Les nouveaux quartiers de Copenhague, comme Nordhavn, exploitent la brique pour assurer une cohérence visuelle avec les bâtiments historiques tout en intégrant des designs contemporains.
Dans cette même dynamique, de nombreux bâtiments publics et culturels continuent d’adopter la brique en façade afin d’affirmer une continuité avec le patrimoine architectural danois.
Le Skuespilhuset (The Playhouse) en est un exemple particulièrement parlant : fruit d’une collaboration entre les architectes Lundgaard & Tranberg et le fabricant de briques Petersen Tegl, ce projet a même conduit à la création d’un nouveau format de brique spécialement conçu pour l’occasion. D’une dimension de 528 x 108 x 37 mm et façonnée à la main, cette brique aux nuances vert-jaune, posée à l’horizontale, permet au bâtiment de dialoguer subtilement avec l’eau environnante, évoquant par sa texture et ses reflets la surface même de celle-ci.
Deux autres réalisations exemplaires témoignent également de l’usage innovant de la brique dans l’architecture contemporaine danoise :
- Kannikegården à Ribe (Lundgaard & Tranberg), finaliste du prestigieux Prix d’architecture de l’Union européenne, qui dialogue harmonieusement avec le centre historique tout en assumant une expression architecturale contemporaine.
- Kornets Hus (Reiulf Ramstad Arkitekter), où la matérialité brute de la brique évoque subtilement le patrimoine agricole régional, affirmant ainsi la modernité de cette tradition constructive danoise.
L’esthétique de la brique : motifs et innovations
L’architecture danoise regorge de créativité pour en exploiter toutes les possibilités esthétiques. Un exemple marquant est le quartier de Carlsberg, où les motifs créent une identité visuelle forte, souvent en rapport avec les emblèmes de la brasserie.
Les architectes, tels que Vilhelm Lauritzen, utilisent la brique pour jouer avec la lumière, l’ombre et la texture, en intégrant des formes originales et en combinant différentes nuances.
La modernisation de la brique a conduit à l’apparition de nouveaux formats et textures. Certaines briques perforées permettent ainsi une aération naturelle, tandis que d’autres présentent des surfaces lisses et minimalistes, très prisées dans l’architecture contemporaine.
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L’utilisation inventive de la brique en intérieur : l’héritage de Vilhelm Lauritzen
La brique ne se cantonne pas aux façades extérieures : elle trouve également sa place dans la décoration intérieure, où elle participe à créer des espaces à la fois chaleureux et épurés. L’architecte Vilhelm Lauritzen a d’ailleurs largement contribué à réinventer l’usage de la brique, y compris dans les espaces intérieurs. Parmi ses réalisations les plus emblématiques figure le Vilhelm Lauritzen Terminal de l’aéroport de Copenhague, construit en 1939. Dans ce bâtiment moderniste, Lauritzen a utilisé la brique non seulement pour les murs mais aussi pour les plafonds voûtés en brique apparente, démontrant la polyvalence et l’esthétisme de ce matériau traditionnel.
Ces plafonds en brique ne sont pas seulement décoratifs : ils participent à la qualité acoustique des espaces et créent une ambiance chaleureuse et accueillante, même dans un environnement public comme un terminal d’aéroport. Ce choix architectural reflète la volonté de Lauritzen de conjuguer fonctionnalité, beauté et confort, en exploitant pleinement les qualités techniques et sensorielles de la brique.
Aujourd’hui encore, cette approche inspire de nombreux architectes et designers d’intérieur, qui réinterprètent l’utilisation de la brique dans les espaces domestiques ou commerciaux, intégrant murs, voûtes ou plafonds en briques pour apporter chaleur, texture et caractère aux intérieurs contemporains.
La brique et les défis climatiques
Résistante au feu, capable de réguler l’humidité et d’apporter une excellente inertie thermique, la brique participe à créer des constructions confortables et saines, tout en limitant les besoins énergétiques.
Avec la montée des enjeux environnementaux, ces vertus traditionnelles de la brique sont aujourd’hui complétées par des innovations majeures. Le réemploi des briques issues de bâtiments existants devient une pratique courante, limitant l’extraction de nouvelles ressources et réduisant l’empreinte carbone des projets de construction.
Le défi de cette pratique de “upcycling” réside entre autres dans le démontage délicat (et chronophage donc coûteux) du ciment, surtout celui des structures qui datent des années 60 et au-delà, qui est plus résistant. Il est intéressant de citer ici la solution de contournement de Lendager Group qui a choisi de démonter des pans entiers de briques des anciens entrepôts de Carlsberg. Ils ont été réutilisés dans “Resource Rows” avec une prise de partie esthétique marquante, en adéquation avec les valeurs et les préoccupations environnementales des habitants. Dans ce cas précis, le démontage des anciens entrepôts de Carlsberg ayant eu lieu plus d’un an et demi avant la réutilisation des matériaux, une bonne collaboration entre la commune de Copenhague, le maître d’oeuvre et le maître d’ouvrage ont été essentielle pour le stockage des matériaux démontés.
En parallèle, les techniques de production évoluent : cuisson à température réduite, réduction de la consommation d’eau, et utilisation d’énergies renouvelables dans les briqueteries témoignent de la volonté d’inscrire ce matériau ancestral dans une démarche résolument tournée vers l’avenir.
Dans cette dynamique d’innovation, de nouvelles alternatives émergent également, à l’image des briques en mycélium, développées et expérimentées par l’École d’Architecture de Copenhague. Issues de champignons, ces briques biosourcées sont 100 % biodégradables, ultra-légères et peuvent être produites avec une consommation énergétique minimale. Elles ouvrent des perspectives prometteuses pour des constructions encore plus respectueuses de l’environnement, et témoignent de la volonté danoise d’explorer des solutions pionnières face aux défis climatiques.
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Le modèle danois : une source d’inspiration pour bâtir autrement
En matière de construction en brique, le Danemark fait figure de référence. Son approche, alliant durabilité, efficacité et audace esthétique, prouve que ce matériau ancestral peut répondre aux défis contemporains : réemploi des matériaux, réduction de l’empreinte carbone, adaptation aux villes denses, tout en conservant une forte identité architecturale.
L’ingéniosité des architectes danois montre qu’il est possible d’adapter la brique aux contraintes de la densification urbaine, sans renoncer à l’harmonie ni à la qualité des espaces de vie. Leur sens du design, qui mêle sobriété scandinave et créativité dans le travail des textures, des nuances et des motifs, donne à ce matériau une nouvelle modernité, à la fois élégante et intemporelle.
Ce modèle inspire aujourd’hui de nombreuses villes à travers le monde. Face aux enjeux climatiques et à l’urgence de repenser les pratiques constructives, le savoir-faire danois ouvre la voie à une architecture responsable, désirable et exportable. Une démonstration que bâtir mieux est non seulement possible, mais nécessaire.